Intervention en séance du 31 mars 2026 – Débat sur le thème : Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ?

Retrouvez ci-dessous l’intervention de Martine Berthet en séance du 31 mars 2026 – Débat sur le thème : Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ?

Intervention du 31 mars 2026-Débat sur le thème : Face à la désindustrialisation, quelle nouvelle politique industrielle pour la France ?

« Mme la Présidente

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

Acier inoxydable, fibre de verre, carbone, sodium, silicium, corindon…

Autant de productions dans mon département de la Savoie, en danger ou toujours à la limite de l’être, malgré la mobilisation incessante de la Parlementaire que je suis, accompagnée d’élus de mon département !

À l’heure où nous préparons l’avenir en investissant massivement dans nos capacités énergétiques, dans le numérique et dans les technologies de demain, nous assistons, paradoxalement, à l’affaiblissement progressif du tissu industriel que j’appellerai « de base », qui produit pourtant des matières premières essentielles à l’ensemble des chaînes industrielles françaises, en premier lieu pour notre performante Industrie de la Défense !

Les défis que nos industriels rencontrent sont connus.

Ils tiennent tout d’abord à l’accès à une énergie sûre, décarbonée et compétitive. Si le sujet du coût de l’électricité est partiellement réglé, la plupart des industriels n’ont toujours pas la visibilité à long terme dont ils ont besoin pour sécuriser leurs investissements de modernisation et décarbonation. (Aujourd’hui, seulement 27% de notre industrie est électrifiée !)

Cette énergie abondante et décarbonée qui fait notre force, doit pouvoir bénéficier à nos industriels afin qu’ils ne soient plus dépendants des importations d’énergies fossiles, et des crises géopolitiques, avec des cours du gaz qui s’envolent, comme en ce moment, les mettant en grande difficulté.

À cela s’ajoute la question des « compensations carbone ». Alors que l’Union européenne a récemment actualisée et élargie, à la demande de la France, la liste des secteurs et sous-secteurs éligibles à ces compensations, alors que nos concurrents européens ont adopté ces mesures favorables, le gouvernement français n’a pas souhaité les mettre en œuvre.

J’avais pourtant fait adopter un amendement en ce sens lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2026, 50 M au lieu des 200 nécessaires, qui n’a malheureusement pas été repris dans le texte issu de l’article 49 alinéa 3. Et pendant ce temps-là, les secteurs du verre et de la chimie vont très mal !

De plus et non des moindres, nos industriels subissent de plein fouet une concurrence internationale déloyale, aggravée par les stratégies de dumping Chinois et de contournement contre nos mesures, dans un contexte où les droits de douane imposés par les États-Unis réorientent une grande partie de leurs flux commerciaux vers le marché européen. Nous avons besoin d’un sursaut de l’Europe, pour une réponse beaucoup plus ferme et rapide. Annoncer un Industrial Accelerator Act, c’est bien, mais ça ne suffit pas, il faut le mettre en œuvre, et très vite !

À cet égard, l’Union européenne a communiqué, en septembre 2025, sur la mise en place, réjouissante et satisfaisante, de clauses de sauvegarde pour l’acier : mais elles n’entreront pas en vigueur avant juillet 2026 !

Un autre cas, celui du silicium métal, absent des mesures de sauvegarde prises pour le Ferromanganèse et le Ferrosilicium, le pré dossier déposé le 15 décembre par Euroalliages, vient seulement d’obtenir ses remarques. Dans combien de mois encore le dossier définitif pour des mesures antidumping contre la Chine et l’Angola, pays où la Chine a aussi installé ses usines, sera t’il adopté ? Pas trop tard je l’espère pour Ferroglobe, dont la plupart des fours sont à l’arrêt depuis plusieurs mois et qui a épuisé le chômage partiel pour ses salariés.

La France ne pèse plus assez auprès de l’Europe pour aller plus loin et plus vite dans la protection de nos industries : deux ans en moyenne pour les dossiers que j’ai cités, c’est beaucoup trop.

Mais je ne veux pas dresser un tableau uniquement sombre. De nouveaux projets industriels émergent, porteurs d’espoir, qui méritent tout notre soutien. Je pense à Ugitech et à son projet UGIRING, lancé en 2022. Ce projet stratégique vise à recycler les déchets métallurgiques pour en extraire les métaux critiques (tels que le nickel, le molybdène ou le manganèse,) indispensables à la production des alliages d’aciers inoxydables, utilisés dans des secteurs essentiels comme la défense, le nucléaire, l’aéronautique, la santé, les transports ou encore l’énergie.

Alors que la Chine possède 90% des métaux critiques de la planète, l’Europe a réagi en votant en 2024 le Critical Raw Materials Act, marquant une volonté d’accélérer à la fois le recyclage et l’ouverture de mines d’extractions européennes, pour plus de souveraineté.

Le projet UGIRING s’inscrit complètement dans ce cadre, et pourtant, malgré la pression que vous avez apportée, M. le Ministre, ce projet peine à finaliser son financement. Il est essentiel que l’Etat et ses agences aillent dans le même sens pour l’intérêt de notre pays.

M. le ministre, nous avons les outils et les compétences, le succès du Salon Global Industrie qui se tient actuellement en est la preuve.

Encore faut-il les mettre en œuvre et les protéger ! L’Europe et la France doivent être plus réactives. Notre souveraineté c’est notre capacité à produire !

Encore faut-il alléger les coûts de production, l’administratif, les interdictions ! Tous ce sous quoi notre pays se noie !

Nos industries et leurs emplois n’ont pas le temps d’attendre.

Je vous remercie. »